Ce qui a réellement changé depuis 2022
Trois choses, et elles suffisent à expliquer pourquoi les anciens guides ne servent plus à rien.
Les vols directs ont disparu. Les espaces aériens européen et russe se sont mutuellement fermés. Il n'existe plus aucune liaison directe entre la France et la Russie. On passe désormais par un pays tiers, ce qui rallonge le trajet mais ne le rend pas compliqué.
Vos cartes bancaires ne fonctionnent plus sur place. Aucune carte Visa ou Mastercard émise en Europe n'est acceptée en Russie, ni en paiement ni en retrait. C'est le point que les voyageurs sous-estiment le plus, et celui qui gâche le plus de séjours.
Le visa s'obtient en ligne. Pour un séjour touristique court, le visa électronique a remplacé le parcours consulaire classique. Pas d'invitation à fournir, pas de réservation d'hôtel à justifier, pas de rendez-vous à prendre.
Ce qui n'a pas changé, en revanche : le pays fonctionne. Les trains partent à l'heure, les musées sont ouverts, les restaurants sont pleins. La difficulté est dans la préparation, pas dans le séjour.
Le visa : ce qui existe aujourd'hui
Pour un séjour touristique, c'est le visa électronique unifié. Les ressortissants français y sont éligibles : la France figure sur la liste officielle des 64 pays publiée par le ministère russe des Affaires étrangères.
Ce qu'il autorise, aux conditions en vigueur :
- 30 jours de séjour maximum à compter de l'entrée
- 120 jours de validité après l'émission, soit quatre mois pour l'utiliser
- Une seule entrée : si vous sortez du pays, il est consommé
- Quatre jours calendaires de traitement au maximum, week-ends et jours fériés inclus
- Aucune invitation, aucune réservation d'hôtel, aucun justificatif de motif
Attention à ce que vous lisez ailleurs. La plupart des sites francophones annoncent encore 16 jours de séjour et 60 jours de validité. Ces chiffres étaient exacts, mais ils ont changé le 23 août 2025 : la durée de séjour est passée de 16 à 30 jours, et la validité de 60 à 120 jours. Si un site vous annonce 16 jours, il n'a pas été mis à jour depuis plus d'un an. Le reste de ses informations mérite la même méfiance.
Le paiement. Les frais se règlent en ligne, sur le site du ministère russe des Affaires étrangères ou via son application. Détail qui surprend : on peut payer avec une carte Visa ou Mastercard européenne. Le paiement du visa passe, alors que la même carte sera refusée partout une fois sur place. Comptez une cinquantaine d'euros, mais vérifiez le montant au moment de la demande, il est fixé en devise et peut bouger.
L'assurance est obligatoire. Un étranger séjournant sous visa électronique doit détenir une assurance médicale valable sur le territoire russe pour toute la durée du séjour. Ce n'est pas une formalité de dossier : c'est une obligation pendant le séjour lui-même. Beaucoup de contrats européens excluent désormais la Russie, il faut donc le vérifier ligne par ligne avant de partir.
Par où vous avez le droit d'entrer
Le visa électronique n'ouvre pas toutes les frontières : il n'est valable qu'aux postes de passage inscrits sur la liste officielle. Vérifiez que votre point d'arrivée y figure avant de réserver.
Par avion, ce n'est plus vraiment une contrainte. La liste couvre aujourd'hui une soixantaine d'aéroports, soit à peu près toutes les villes qu'un voyageur peut vouloir rejoindre : Moscou (Sheremetyevo, Domodedovo, Vnoukovo, Joukovski), Saint-Pétersbourg, Kazan, Ekaterinbourg, Sotchi, Mourmansk, Irkoutsk pour le Baïkal, Petropavlovsk pour le Kamtchatka, Vladivostok, et une quarantaine d'autres. Si vous lisez ailleurs une liste de douze aéroports, elle date d'avant les élargissements successifs.
Par voie terrestre, en revanche, c'est nettement plus restreint, et chaque poste a ses propres règles. Les deux qui intéressent un voyageur venu d'Europe :
- Ivangorod, face à Narva côté estonien. Piétons uniquement, de 7h à 19h heure de Moscou. Le passage est fermé à tout véhicule.
- Mamonovo, face à Grzechotki et Gronowo côté polonais, vers Kaliningrad. Véhicules et autocars uniquement, pas de piétons.
La liste officielle est publiée par le ministère russe des Affaires étrangères sur son portail de visa électronique : consulter la liste des points de passage. Elle est élargie régulièrement, vérifiez la version en vigueur au moment de votre demande.
Comment on arrive concrètement
Le trajet se fait avec une correspondance dans un pays tiers. Cinq routes fonctionnent aujourd'hui.
- Istanbul, avec Turkish Airlines. L'itinéraire le plus fréquent et le mieux rodé : plusieurs vols par jour, six à neuf heures de trajet total.
- Bakou, avec AZAL. Une bonne alternative, souvent moins chargée.
- Tbilissi, avec Georgian Airways.
- Belgrade, avec Air Serbia. Moins de fréquences, mais des correspondances souvent courtes.
- Dubaï, avec les compagnies du Golfe. Plus long, parfois intéressant selon la saison.
L'erreur qui coûte le plus cher
Deux billets séparés sur deux compagnies différentes reviennent souvent moins cher qu'un billet unique. C'est une fausse économie, et je l'ai payée.
Sur un trajet avec escale à Istanbul, mes deux vols ne partaient pas du même aéroport. La ville en a deux, et ils sont de part et d'autre du Bosphore : il faut traverser le détroit, dans le trafic d'Istanbul, avec ses bagages, en espérant que le premier vol n'ait pas pris de retard.
Avec un billet unique, un retard est le problème de la compagnie : elle vous replace. Avec deux billets séparés, c'est le vôtre : vous rachetez le second. La différence de prix au départ est vite annulée.
Retenez trois règles : un seul billet quand c'est possible, une correspondance d'au moins trois heures, et vérifiez que les deux vols partent bien du même aéroport.
Par la route, pour les budgets serrés
La voie terrestre revient nettement moins cher que l'avion. Deux entrées sont ouvertes au visa électronique, et elles ne fonctionnent pas du tout de la même façon.
Par la Pologne, en autocar. Vous prenez un vol jusqu'à Gdańsk, desservie par de nombreuses compagnies low cost depuis la France, puis un autocar jusqu'à Kaliningrad via le poste de Grzechotki. Environ 175 kilomètres, quatre à cinq heures de trajet, une quarantaine d'euros, deux départs par jour dont un depuis l'aéroport même. Ce passage se franchit obligatoirement en véhicule : les piétons ne sont pas admis.
Par l'Estonie, à pied. C'est le point que presque tous les guides francophones donnent faux. Le poste de Narva vers Ivangorod est fermé à tous les véhicules depuis février 2024, travaux côté russe : aucun autocar ne le franchit. En revanche il reste ouvert aux piétons, de 7h à 19h heure de Moscou. Vous rejoignez donc Narva en bus ou en train depuis Tallinn, vous traversez le pont à pied avec vos bagages, et vous reprenez un transport côté russe vers Saint-Pétersbourg.
Dans les deux cas, comptez l'attente à la frontière en plus du trajet : une à trois heures en semaine, jusqu'à six heures un week-end ou une veille de jour férié.
C'est plus long et plus fatigant que l'avion. Mais si le prix du billet est votre principal obstacle, c'est une vraie solution.
L'argent sur place
C'est le point le plus important de ce guide, et celui qui piège le plus de voyageurs.
Vos cartes ne fonctionnent pas. Visa, Mastercard, American Express : aucune carte émise hors de Russie n'est acceptée, ni dans les commerces, ni aux distributeurs. Ce n'est pas une question de banque ou de plafond, c'est structurel. Prévenir votre banque avant de partir ne changera rien.
Combien emporter
Comptez 1 000 euros par personne pour une semaine, hors hôtel. C'est confortable et cela couvre les repas, les transports, les musées et les extras.
Prévoyez davantage si vous voulez une soirée au Bolchoï à Moscou ou au Mariinsky à Saint-Pétersbourg. Ce sont deux des plus grandes scènes du monde, les places partent vite, et ce sont exactement le genre de soirées pour lesquelles on regrette de ne pas avoir prévu large.
Dans quel état doivent être vos billets
Cela surprend, mais c'est une vraie contrainte : vos coupures doivent être en parfait état. Ni froissées, ni tachées, ni déchirées, ni annotées. Un billet abîmé est refusé au change, sans discussion.
Demandez des coupures neuves à votre banque avant de partir, et transportez-les à plat.
Si vous entrez par la route : changez vos euros en dollars avant la frontière
Ce paragraphe peut vous éviter de perdre l'intégralité de votre argent de voyage. Prenez-le au sérieux.
Le droit européen interdit de faire sortir des billets en euros vers la Russie. C'est l'article 5i du règlement (UE) 833/2014, en vigueur depuis le 2 mars 2022. L'interdiction couvre l'euro et toutes les monnaies officielles des États membres, le zloty polonais compris.
Une exception existe pour l'usage personnel du voyageur. Mais aucun montant n'a jamais été fixé pour définir cet usage personnel : la décision revient au douanier, au cas par cas, et c'est à vous de justifier la somme que vous transportez. Depuis 2025, l'application est nettement plus stricte aux postes estoniens.
Un cas documenté donne la mesure : un ressortissant finlandais transportait 320 euros dans son portefeuille et 555 euros sous ses vêtements. Résultat : confiscation de la totalité, 600 euros d'amende, et refus de passage. Pour moins de 900 euros.
Notez bien qui contrôle : ce sont les douanes européennes à la sortie, pas les douanes russes à l'entrée. Le règlement est européen, et il s'applique au moment où vous quittez l'Union.
Le dollar américain n'est pas concerné. Il ne relève d'aucune monnaie d'un État membre, il circule sans difficulté en Russie, et il se change partout. Convertissez donc vos euros en dollars avant de vous présenter à la frontière. Des bureaux de change sont installés à Narva, côté estonien, juste avant le poste.
Ce point ne concerne que les entrées terrestres. Si vous arrivez en avion par un pays tiers, vous ne franchissez aucune frontière extérieure de l'Union avec la Russie, et le contrôle ne s'exerce pas de la même façon.
Où changer
Évitez les bureaux d'hôtel, dont les taux sont mauvais. Passez par une banque. Deux enseignes sont les références des voyageurs : Fora-Bank et Avangard.
Leur couverture n'est pas la même selon la ville, et ça change votre choix :
- À Moscou, les deux font l'affaire. Fora-Bank y compte 90 agences, dont 89 assurent le change. Avangard en compte 88, dont une quarantaine changent des espèces. Vous en aurez une à portée de métro presque partout.
- À Saint-Pétersbourg, prenez Avangard. Il y dispose de 30 agences, dont une vingtaine changent des espèces, contre 7 agences en tout pour Fora-Bank. L'écart se sent dès que vous sortez du centre.
Attention à ce détail : dans les deux réseaux, toutes les agences ne font pas le change. Vérifiez sur le site de la banque avant de vous déplacer, les deux proposent un filtre par service.
Chiffres relevés en juillet 2026 sur les sites des deux banques. Un réseau bancaire évolue : traitez-les comme un ordre de grandeur, pas comme une garantie.
Et la carte bancaire russe ?
La carte Mir est le système de paiement local et fonctionne partout dans le pays. Contrairement à ce qu'on lit souvent, un touriste de passage peut ouvrir un compte et obtenir une carte. Mais la procédure est longue et demande d'être bien accompagné : ce n'est pas quelque chose qu'on règle entre deux visites.
C'est le sujet d'un guide à part entière. En attendant, écrivez-moi si votre cas est particulier.
Bonne nouvelle pour finir : le pays est nettement moins cher que l'Europe de l'Ouest une fois sur place. Le poste de dépense le plus lourd d'un voyage en Russie reste le billet d'avion, pas le séjour.
Ce que dit le Quai d'Orsay, et comment le lire
Je préfère le dire clairement plutôt que de le contourner : le ministère français des Affaires étrangères déconseille formellement les déplacements en Russie. C'est le niveau de recommandation le plus élevé après l'interdiction.
Ce que cette recommandation recouvre, dans le texte officiel : le contexte de la guerre en Ukraine, un durcissement de la législation pénale russe, un risque d'arrestation et de détention arbitraires visant les ressortissants de pays déclarés « inamicaux », des régions frontalières de l'Ukraine à éviter, et des interruptions régulières du trafic aérien.
Ce que ça change concrètement pour vous, en trois points :
- Votre assurance. Beaucoup de contrats de voyage et de cartes bancaires excluent les pays formellement déconseillés. Vérifiez votre contrat avant de partir : c'est la conséquence la plus tangible.
- L'assistance consulaire. Elle reste assurée, mais dans un cadre plus contraint qu'ailleurs.
- Les zones. Les régions bordant l'Ukraine sont explicitement citées. Elles n'ont rien à voir avec les destinations touristiques classiques, mais il faut le savoir avant de composer un itinéraire.
Je ne suis pas là pour vous dire que cet avis est excessif ou justifié : ce n'est ni mon rôle ni le sujet de ce site. Mon rôle est de vous donner l'information exacte pour que vous décidiez en connaissance de cause.
Partir seul ou accompagné
Partir seul est possible. Des Français le font, et ils s'en sortent.
Voici ce qu'ils gèrent : le visa et ses points de passage, une assurance qui accepte encore le pays, deux vols avec correspondance dans un pays tiers, des espèces en coupures impeccables, l'absence de leurs applications habituelles, et le cyrillique. Aucun de ces points n'est insurmontable. Chacun demande une vérification, parce que l'information disponible en français est le plus souvent périmée.
C'est précisément pour ça que ce guide existe.
L'autre voie, c'est de laisser tout cela réglé avant votre départ, et d'avoir sur place quelqu'un qui parle la langue, connaît les lieux et sait quoi faire quand un imprévu survient. C'est ce que nous faisons, en petit groupe.
Si vous avez l'habitude des pays où rien ne fonctionne comme chez vous, partez seul, vous vous en sortirez très bien. Si c'est votre premier voyage en Russie, sachez simplement que l'accompagnement retire exactement les obstacles qui gâchent les premiers séjours.
Dans les deux cas, la Russie mérite qu'on s'y prépare sérieusement. C'est un pays qui ne se laisse pas approcher à moitié, et c'est ce qui le rend inoubliable.